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Le Quotidien des Capitales

4 photographes embarqués dans 4 rédactions africaines

April 8, 2013

Rallye automobile virtuel

by Joan Bardeletti in L'Express de Madagascar


Ultime réglage pour le concert de MAHALEO au Palais des Sports

Ultime réglage pour le concert de MAHALEO au Palais des Sports

Ultime réglage pour le concert de MAHALEO au Palais des Sports

Ultime réglage pour le concert de MAHALEO au Palais des Sports

L'EXPRESS DE MADAGASCAR | JOUR 9

Ce matin il n’y a pas de conférence de rédaction ; le vendredi soir, les journalistes (surtout ceux traitant de la culture et du sport dont l’actualité du weekend est riche) inscrivent sur un grand tableau blanc de la rédaction la feuille de route des photographes pour les journées de samedi et dimanche.

Pour moi, ce sera « rallye automobile virtuel ». ??

J’appelle Lucas, le journaliste sportif, pour comprendre. Il m’indique que dans l’enceinte du Palais des Sport seront installés une vingtaine d’ordinateurs reliés en réseau et que pendant toute la journée se succéderont des courses de rallye sur jeu vidéo.

J’arrive à 10h au Palais des Sport ; toutes les portes sont fermées sauf une petite entrebâillée, je rentre et j’erre dans les couloirs silencieux pour finalement déboucher sur une immense salle des sports encombrée de câbles ; Au fond on installe visiblement tout un équipement son et lumière pour un concert ; je me souviens que le concert de Mahaleo, groupe de world music très populaire à Madagascar, prévu pour demain, était indiqué sur le tableau ; je fais quelques images du montage qui pourront peut être intéresser la rédaction et me remet en quête de mon rallye automobile qui pour l’instant reste effectivement très virtuel.

Finalement dans une petite salle adjacente, je tombe dessus ; tout y est : les sièges backés, les gants pour les pilotes, la structure gonflable indiquant le départ, les coupes, les officiels en gilet, mais point de voiture, seulement des ordinateurs et des écrans.

Je commence à photographier, mais je me fais rapidement reprendre : je suis trop près, ou alors trop bruyant ; je leur fais valoir que si l’idée est pour eux de simuler un vrai rallye automobile, le bruit ne devrait pas être un problème, et que des images d’ordinateur contre un mur ne pourront pas être publié par mon journal pour rendre compte de l’événement ; l’argument fait mouche un moment, je peux travailler avant finalement de me faire virer proprement ; incroyable, après avoir suivi sans difficultés un conseil des Ministres, une veillée funèbre, ou enquêter sur un trafic de faux taxi, je suis de trop pendant une compétition de jeu vidéo.

Je profite de mon exclusion anticipée pour discuter avec un journaliste de l’Express de passage sur sa vision du métier ; après des études universitaires sur le Développement, il est devenu journaliste un peu par hasard ; il n‘est pas passionné d’information mais vit ce métier plutôt comme un apprentissage accéléré : trouver un sujet et un angle approprié, établir des contacts, faire le travail de terrain puis écrire un article le tout chaque jour et avant 19h c’est un défi et cela permet en outre de se créer un réseau rapidement ; "avec un salaire mensuel de 100€, impossible d’en vivre si je n’étais célibataire ; encore quelques années et je postule dans le département communication d’une ONG ou institution internationale" ; ceci dit sans regret ni rancœur, simplement de la lucidité ;

Le parcours semble t il de nombreux journaliste malgaches

au cœur de la nuit, une équipe arrange les feuillets de l'Express de Madagascar qui doit sortir dans quelques heures.

au cœur de la nuit, une équipe arrange les feuillets de l'Express de Madagascar qui doit sortir dans quelques heures.


April 5, 2013

Meutre à la campagne

by Joan Bardeletti in L'Express de Madagascar


Un parent du défunt montre la natte sur laquelle la mort est venue

Un parent du défunt montre la natte sur laquelle la mort est venue

Un parent du défunt montre la natte sur laquelle la mort est venue

Un parent du défunt montre la natte sur laquelle la mort est venue

L'EXPRESS DE MADAGASCAR | JOUR 8

« Il faut prendre du recul ! Couvrir toutes les manifestations en ville pour la journée de la femme quel sens cela a t'il ? Est ce vraiment cela qui va intéresser notre lectorat ? Cette journée n’est elle pas galvaudée ? Quelle est son essence ? » Aujourd’hui, journée de la femme, seuls les hommes journalistes de l’Express travaillent et Alain, journaliste politique et mari de Louva, directrice en chef adjointe, dirige et dynamite  la conférence de rédaction.

Il y aura donc un article de fond sur la journée de la femme et un autre retraçant les différentes manifestations sur ce sujet en ville ; et pour celui-ci il faut des images! Me voilà donc parti sur la moto de Hery chef photo, qui cette fois a eu la gentillesse de prévoir un casque pour moi, à travers la ville pendant la matinée. Marche des femmes pour les handicapés en centre ville, nous shootons sans même enlever nos casques, puis nous dirigeons vers le stade où la mairie propose toute la journée de la zumba ; sur place, estrade, sono à fond, des danseurs chorégraphes et une foule, essentiellement féminine bien sur, qui s’agite, sue et hurle en chœur.

Tout à coup une femme voilée aborde Hery ; Elle est partie travailler au Koweit et a été réduite en esclave domestique pendant plusieurs années ; elle tient à témoigner ; une autre, qui elle a vécu la même chose en Arabie Saoudite la rejoint bientôt ; Hery fait signe à un journaliste de Ao Raha de venir pour prendre des notes ; C’est précisément le sujet que devait traiter Michella il y a quelques jours et qui n’avait pu déboucher faute de témoignage ; pendant près de 30 minutes, elle détaille son calvaire et nous faisons quelques portraits. Mais il faut partir car nous devons nous rendre dans un quartier rouge, défavorisé, où une institution islamique organise une petite fête accompagnée de consultations médicales gratuites ; c’est la cohue ; énormément de monde se presse ; tous les médecins sont des femmes voilées mais peu de musulmans dans la foule semble t’il. Prise de tension, auscultation, médicaments tout y est pendant que des concours de chants se déroulent à coté.

Au bout de 20 minutes, Hery me fait signe qu’il faut rentrer : nous devons couvrir un fait divers en urgence ; un chef de canton s’est fait abattre dans la nuit par des rôdeurs qui étaient entrés de nuit dans sa maison ;

Cette fois, nous prenons le bus du journal ; il nous faudra près de 3h pour nous rendre sur place du fait d’un embouteillage qui n’en finit plus ; après avoir fait une petite pause pour avaler une soupe, nous prenons un chemin de terre défoncé qui nous entraine dans la campagne malgache ; nous nous perdons, cherchons notre route et finalement arrivons dans un petit village ; Une foule est assise devant la plus imposante maison du coin ; nous entrons dans une pièce obscure et une odeur me frappe immédiatement ; La famille veille le mort depuis 3 jours maintenant ; son corps raidi est allongé tout le long du mur de droite, éclairé par deux faibles bougies et une photo de lui ; Au départ hésitant, je m’aperçois vite que la famille souhaite que je photographie le plus possible : le corps, mais sans sa veuve, la famille, les impacts de balle dans le mur, les douilles, les amis qui attendent ; on m’entraine à l’arrière de la maison pour que je fasse des images de la natte où il s’est vidé de son sang. Hery vient me voir pour s’assurer que j’ai fait une image de la photo du défunt ; je ne comprends pas. « On a  pas le droit de publier l’image du mort donc il nous faut son portrait vivant » ; effectivement c’est la charte iconographique dont m’avait parlé Sylvain le rédac-chef. Au bout de deux heures nous repartons, faisons un stop à la gendarmerie où le responsable nous reçoit et nous sert le discours officiel : « l’enquête avance, nous avons des pistes mais ne pouvons rien vous dire ; depuis les événements de 2009 énormément d’armes sont en circulation, notamment entre les mains de malfrats… » ;

Nous rentrons ensuite et arrivons au bureau après 3 nouvelles heures de route; pendant le trajet un journaliste de l’Express me confie que beaucoup soupçonnent qu’un trafic de kalachnikov se développe et que certains fonctionnaires (de police, armée ou gendarmerie) n’y soit pas complétement étrangers.

Hery (photographe) et un journaliste de Ao Raha, l'édition en malgache de l'Express, interview une feme qui fut réduit en esclavage domestique au Koweit

Hery (photographe) et un journaliste de Ao Raha, l'édition en malgache de l'Express, interview une feme qui fut réduit en esclavage domestique au Koweit

TAGS: EM 8


April 3, 2013

Sur tous les fronts

by Joan Bardeletti in L'Express de Madagascar


Visite ophtalmologique gratuite à la mairie de Tana

Visite ophtalmologique gratuite à la mairie de Tana

Visite ophtalmologique gratuite à la mairie de Tana

Visite ophtalmologique gratuite à la mairie de Tana

L'EXPRESS DE MADAGASCAR | JOUR 7

Ma collaboration avec l’Express avait commencé mollement avec plusieurs loupés en début de séjour dont certains dont j’étais vraiment responsable mais ca y est maintenant le pli est pris, je suis intégré dans l’équipe et les commandes se succèdent ; Aujourd'hui, nous préparons l’édition du 8 mars, journée de la femme, et la tradition veut que ce numéro ne soit réalisé que par les femmes journalistes du journal ; les hommes, sauf les photographes, sont donc mis au repos et il va falloir courir car nous sommes donc en sous effectif !

Il faudra que je couvre l’activité d’un centre ophtalmologique ouvert au plus démunis, la nomination de juges à la cour Suprême en présence du Président, une conférence de presse annonçant la tenue d’une course à pied ce weekend (pour un « avant papier »), une collecte de fond pour le parti du Président déchu et une allocution universitaire sur le langage malgache dans les SMS. Politique, Social, Sport et Culture, le tout à boucler avant 18h, me voilà au cœur de la diversité d’un quotidien!

Je me rend à la Mairie où se font les examens ophtalmologiques ; j’y retrouve un journaliste de l’Express ; le sujet est visuel et je fais de bonnes images, j’aimerai rester mais la feuille de route est chargée ; je m’apprête à repartir quand le journaliste m’arrête : « il faut que tu restes, je viens d’avoir un appel, un responsable politique proche du propriétaire du journal va venir, il faut absolument le prendre en photo », « Mais il vient quand ? », « On ne sait pas, mais il ne faut prendre aucun risque ; il nous faut absolument sa photo » ; j’attends mais au bout d’une heure je n’en peux plus et m’en ouvre au journaliste qui me rétorque justement : « tu es venu pour connaître le métier de journaliste ici ; et bien tu vois, tu es en plein dedans ! » ; finalement, au bout de deux heures sans nouvelles de ce fameux politique, je lui arrache l’autorisation de faire un rapide aller-retour à la Cour Suprême pour shooter la nomination des juges ; en théorie 15 minutes en bus collectif… qui se transforment en 3/4h du fait des bouchons ; arrivé sur place je rentre en courant dans le bâtiment pour me faire stopper illico par un vigile impressionnant; la présence du Président les rend nerveux; je ne peux pas m’approcher, j’essaie quelques images des à-côtés ; pas mal mais je sais que le journal voudra des juges dans les images ; un sms du journaliste au centre ophtalmologique : "tu reviens bientôt ? il va venir." ; Mais je viens d’arriver ! Finalement, j’arrive à me faufiler pour prendre dans une même image un juge et le Président avant de foncer prendre un taxi quand un nouveau sms m’arrête : "laisse tomber, finalement il ne viendra pas, je rentre au bureau".

Dans la foulée, j’enchaine les RDV manqués : la conférence de presse sportive est pratiquement terminée quand j’arrive sur place ; je m’en inquiète auprès de Lucas en charge du Sport qui me rassure : "t’inquiète pas, c’est juste un avant papier pour annoncer l’évènement ; en sport on est obligé de faire cela ou alors je ne travaillerai que les weekend quand ont lieu les rencontres ; fait un portrait de la responsable, cela suffira"; la conférence terminée, les journalistes s’égayent boivent un verre et discutent ; peu à peu cependant leur nombre diminuent et je m’aperçois qu’ils rentrent dans une salle adjacente ; j’y rentre à mon tour mais immédiatement je perçois une atmosphère étrange ; des regards en coin, une attente, il me semble que je ne suis pas le bienvenu ; j’attends un peu avant de m’éclipser ; que se passe t il dans cette salle, je n’en saurais rien.

La journée roule jusqu’à la clôture avec la collecte de fonds et la conférence universitaire ; à l’heure cette fois car j’ai pris des taxis, ce que ne peuvent se permettre les journalistes locaux.

Discussion animée de l'équipe à la lecture des journaux du matin avant la conférence de rédaction

Discussion animée de l'équipe à la lecture des journaux du matin avant la conférence de rédaction

TAGS: EM 7


April 1, 2013

Le Maestro du Fait-Divers

by Joan Bardeletti in L'Express de Madagascar


Dans les locaux de la gendarmerie où Yas vient aux nouvelle chaque jour en quête de fait-divers

Dans les locaux de la gendarmerie où Yas vient aux nouvelle chaque jour en quête de fait-divers

Dans les locaux de la gendarmerie où Yas vient aux nouvelle chaque jour en quête de fait-divers

Dans les locaux de la gendarmerie où Yas vient aux nouvelle chaque jour en quête de fait-divers

L'EXPRESS DE MADAGASCAR | JOUR 6

Conférence de rédaction; Louva n'est pas là et celui qui la remplace n'a pas l'air décidé à l'animer en français; du coup, je ne comprend rien et demande sans cesse à Hery, le chef photo des explications.

Ce qui en ressort: on part immédiatement dans un hôpital où sont fait des consultations avant opération chirurgicale pour réduire des becs de lièvre et ensuite l'inévitable conférence de presse quotidienne d'un des partis en lutte pour le pouvoir, aujourd'hui en l'occurrence TIM, le parti du président déchu.

A l'hôpital, Hery fonce à travers les escaliers, les couloirs, se trompe revient, je devine que son programme est chargé et qu'il n'aura que peu de temps pour ce marronnier de la section sociale. On trouve enfin, une bande de jeunes américains issus du Peace Corp qui encadrent des parents venus présenter leurs enfants à un médecin aux gants blancs et l'accent texan prononcé qui établi un diagnostique: opération recommandée, envisageable, infaisable… Le verdict tombe rapide, froid implacable; les familles ne montrent aucune émotion; les enfants sont ensuite dirigés vers un fond bleu pour réaliser des photos anthropométriques pré-opératoires; pas simple avec des enfants en bas âge apeurés; Hery repart rapidement; je reste : j'ai fait les images pour le journal, familles alignées, médecin auscultant; je cherche autre chose.

Ensuite, taxi jusqu'à la conférence de presse TIM; au journal on m'a griffonné l'adresse : "Restaurant Fanantenana"; je me trouve face à un rade essoufflé de quelques mètres carrés avec de vieux habitués à l'intérieur; impossible, j'ai du me tromper; en marchant un peu je découvre que ce restaurant abrite dans son arrière cour une gigantesque salle de conférence où mes collègues sont déjà tous en train d'entourer un (je devine) responsable politique caméra à la main. Je me joins à eux, réalise des portraits de ceux qui me semblent les officiels ne sachant absolument pas qui ils sont; je me retourne, je suis seul; je ressort, tous les journalistes sont assis dehors; "On attend le bus", "vous n'assistez pas à la conférence?"; "non, on a tous les éléments avec l'interview d'introduction";

Je repars avec eux car depuis le début de mon séjour je me suis promis de suivre Yas, le fait-diveriste dans sa "tournée des servitudes"; Tous les jours entre 11H30 et 14h30 quand l'activité baisse, il se rend à la morgue, à l'hôpital, à la gendarmerie, à la police et au tribunal pour glaner des informations.

"Le fait-divers, c'est une passion; J'adore cela, il y a une perpétuelle compétition entre les journaux; je veux avoir l'info avant tout le monde et je déteste me faire remonter les brettelles quand j'ai loupé un scoop". En déambulant dans toutes ses institutions où l'accès est d'habitude si restreint, en y saluant la moitié du personnel il me raconte son parcours : il a commencé à l'Express il y a 5 ans, et a pris en charge les faits-divers il y a 3 ans; il est tellement bon que lorsqu'il a apporté sa démission au Rédac'chef  après avoir trouvé un emploi mieux payé au Ministère de l’Éducation Nationale comme chargé de Communication, celui-ci lui a proposé de continuer à travailler pour le journal pendant ses pauses;

"Tous les contacts sont importants; tu vois ce petit gars que je viens de saluer, il ne ressemble pas à grand chose, c'est le coursier du tribunal, et c'est aussi une de mes meilleure source! Pareil à la gendarmerie avec le laveur de voiture, il sait tout"

Yas est donc fait-diveriste intermittent de 7h à 9h, de 11h30 à 14h30 puis de 18h à 20h ; et le meilleur de la ville.

A 4h30 du matin, Francis, un des 6 chauffeurs de l'Express, entame sa tournée pour distribuer les journaux.

A 4h30 du matin, Francis, un des 6 chauffeurs de l'Express, entame sa tournée pour distribuer les journaux.

TAGS: EM 6


March 29, 2013

24h avec la Ministre de l'élevage

by Joan Bardeletti in L'Express de Madagascar


L'EXPRESS DE MADAGASCAR | JOUR 5

Lever 4h30 du matin. Francis qui fait la distribution des journaux le matin passe me prendre à 5h ainsi que Judicaelle la journaliste "social" de l’Express et nous amène à 6h30 chez la Ministre de l’Élevage ; nous allons la suivre toute une journée pour une publication à l'occasion de la journée de la femme.

Je pensais me rendormir en route mais impossible : le ballet est fascinant; Francis fonce à travers la ville, s'arrête, saute de sa camionnette, prend quelques journaux et les amène aux abonnés : Air Madagascar, l'Ambassade des États-Unis (photo interdite !), et même la maison du PDG du journal.

A 6h30 nous débarquons finalement chez Mme la Ministre; la maison et le jardin sont soignés mais très loin d’un luxe ostentatoire; elle nous accueille en robe de chambre encore ensommeillée; on avait dit une journée entière et elle joue le jeu. Judicaelle commence l'interview autour du petit déjeuner; son mari débarque et s'arrête net quand il nous voit; il ne doit pas être au courant; Il faut dire que tout ceci s'est monté la veille au soir très vite au court d'une conversation avec la Rédac'chef adjointe à qui j'expliquais ma frustration d'empiler chaque jour les micro-événements.

Finalement on se met en route; je monte avec la Ministre pour la photographier dans sa voiture; je découvre que cela va être compliqué: son chauffeur est un mélange de Prost et de Schumacher; à peine sorti, on roule à tombeau ouvert à contresens en multipliant les coups de freins et de klaxon; la Ministre elle même n'a pas l'air rassurée et se cramponne. 30 minutes après nous arrivons à la Primature où a lieu le conseil gouvernemental; je m'infiltre à la suite de la Ministre profitant de l'hésitation des responsables du protocole et j'arrive jusqu'à la salle du conseil où je mendie quelques minutes pour faire des images; dès que le Premier Ministre est annoncé je suis mis dehors.

"J'en aurais pour 2-3 heures" nous avait dit la Ministre; je rejoins Judicaelle à l'extérieur; Elle me propose d'aller faire une enquête de terrain sur le prix de la brique pendant ce temps; nous voici donc en pleine campagne, allant d'un tas de brique à un autre, et demandant aux ouvriers l'état du marché de la brique; les avis sont contradictoires et il n'en ressort selon moi pas grand chose; Retour à la sortie de la Primature; attente dans la voiture; somnolence; lecture; discussion; 5 heures passent ainsi; il me semble que cela ne finira jamais et que nous faisons en réalité "24h à attendre la Ministre";

Finalement des véhicules sortent en trombe; je saute dans la voiture de la Ministre qui pile et repart aussi vite; Prost-Schumacher doit être aussi frustré que moi d'avoir autant attendu; Arrivé au Ministère, Judicaelle poursuit son interview mais la Ministre exige un droit de réponse face à un responsable du gouvernement qui l'a mis en cause dans l'édition de l'Express de la veille; il faut dire que le pays est dirigé par un gouvernement de coalition suite aux événements de 2009 qui ont conduit à la chute de l’ancien Président et que notre Ministre est un des rare membre à défendre ce Président déchu.

Au milieu de ces échanges, elle déjeune d'un casse croute sur sa table de réunion et passent subrepticement les assistantes de la Ministre "C'est une amie, elle me suit depuis 30 ans, elle est très discrète" dit elle à propos de l'une d'elle; son chef de Cabinet "qu'est ce qu'il écrit mal" s'esclaffe t'elle en essayant de déchiffrer la note qu'il lui a glissé à propos du discours qu'elle doit tenir dans une heure sur un dossier qu'elle découvre. Enfin, 17h, il faut repartir; cette fois une réunion politique des soutiens du président déchu qui souhaitent et semble t il préparent son retour; "Entrée strictement interdite" est il marqué à l'entrée du bâtiment; je pense me faufiler à sa suite comme ce matin mais elle se retourne, me sert la main avec un grand sourire et me remercie d'avoir passé la journée avec elle;

Donner accès à sa vie familiale et sa vie publique, peut-être; mais certainement pas à sa vie politique en ces temps d'instabilité.

Judiacelle en pleine interview dans le cadre du reportage sur le marché de la brique

Judiacelle en pleine interview dans le cadre du reportage sur le marché de la brique

TAGS: EM 5


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